Une cuisine posée, photographiée de travers, floue, avec un aspirateur au premier plan. Aucun artisan ne laisserait un chantier dans cet état chez son client, et c’est pourtant l’image qu’il publie de son travail. Sur les réseaux sociaux, la plupart des erreurs des artisans ne tiennent pas au manque de talent : elles viennent d’habitudes prises vite, sans y penser.
Montrer le résultat sans jamais montrer le chantier
Le réflexe est de ne publier que la pièce terminée. C’est dommage, parce que ce qui distingue un bon artisan se voit surtout pendant les travaux : la protection des sols, le rangement en fin de journée, la reprise d’un mur abîmé avant la pose. Un client qui hésite entre deux devis cherche justement ces signes de sérieux.
Une série de trois photos (avant, pendant, après) raconte bien mieux une rénovation de salle de bains qu’une image unique. Elle prouve aussi que les photos sont les vôtres, ce qui ne va pas de soi quand un compte n’affiche que des intérieurs impeccables. Pensez aussi à cadrer large : un plan de travail photographié de trop près ne dit rien de la pièce.
Publier par vagues, puis disparaître
En janvier, l’artisan a du temps : il publie quatre fois en deux semaines. En mars, les chantiers s’enchaînent et la page ne bouge plus jusqu’à l’automne. Pour un visiteur, une page dont le dernier post date de six mois pose une question simple : l’entreprise existe-t-elle encore ?
La régularité pèse plus que le volume. Un post toutes les deux semaines, tenu toute l’année, inspire davantage confiance qu’une rafale suivie de silence. Le plus pratique reste de photographier chaque chantier, même quand on n’a pas le temps de publier, pour se constituer une réserve à utiliser pendant les mois chargés.
Écrire pour ses collègues plutôt que pour ses clients
Un plaquiste qui publie « BA13 hydro posé, bandes faites » parle à ses confrères. Les particuliers veulent comprendre ce que le travail change pour eux : une salle d’eau qui résistera à l’humidité, une cloison qui atténue le bruit de la chambre voisine. Le vocabulaire technique a sa place, à condition d’être expliqué en une phrase.
À l’inverse, certains textes tombent dans la réclame pure : « qualité, sérieux, prix imbattables ». Ces mots, tout le monde les écrit, donc plus personne ne les lit. Une phrase précise sur la difficulté du chantier, un mur hors d’aplomb ou un accès par un escalier étroit, en dit beaucoup plus long.
Laisser les messages sans réponse
Un prospect qui pose une question sous une photo de terrasse espère une réponse rapide. Sans nouvelles, il contacte le suivant. C’est sans doute l’erreur la plus coûteuse de toutes, parce qu’elle concerne quelqu’un qui était déjà intéressé.
Les notifications du téléphone suffisent pour réagir, à condition de les activer pour la page professionnelle et pas seulement pour le compte personnel. Une réponse courte, du type « oui, nous intervenons dans votre commune, envoyez-nous vos dimensions en message », suffit à garder le contact jusqu’au soir.
Il en va de même pour les avis. Une réponse polie à une critique, qui reconnaît le problème et explique ce qui a été fait, rassure souvent davantage les lecteurs suivants qu’une série d’avis élogieux restés sans réponse.
Tout faire seul, ou ne rien faire du tout
Entre l’artisan qui s’épuise à tout gérer le soir et celui qui renonce, il existe des solutions intermédiaires. Un conjoint ou un apprenti peut se charger des photos ; un outil de programmation permet de préparer les posts du mois en une heure, un dimanche. Quand le temps manque vraiment, certaines agences prennent en charge la gestion des réseaux sociaux des TPE avec un planning mensuel et une validation de chaque publication, ce qui laisse le dernier mot au chef d’entreprise sans lui prendre ses soirées.
Une précaution dans tous les cas : restez propriétaire de vos comptes. La page Facebook et le compte Instagram doivent être rattachés à vous, avec un accès administrateur que vous conservez. Un prestataire y est ajouté avec des droits de gestion, il ne doit jamais en être le seul titulaire. Le jour où vous changez d’interlocuteur, vous gardez vos abonnés et votre historique.
Un dernier réflexe, simple : avant de publier une photo, demandez-vous si vous la montreriez à un client assis en face de vous pour signer un devis. Si la réponse est non, gardez-la dans votre téléphone et attendez le prochain chantier.
